boire de l'au

Avec l’annonce de plusieurs phases caniculaires en France durant l’été 2022, un petit rappel du rôle essentiel de cet élément vital qu’est l’eau et des risques de déshydratation provoquée par la chaleur s’impose.

L’eau constitue environ 75 à 80 % du poids d’un nouveau-né, 65 % de celui du nourrisson de plus d’un an, 60 % de celui de l’adulte et 55 % de celui d’une personne âgée. Deux tiers de cette eau se trouve dans les quelques 50 000 milliards de cellules qui composent notre corps, le reste clapotant ou circulant essentiellement dans les liquides extra-cellulaires : plasma sanguin, lymphe, liquide céphalo-rachidien et liquides interstitiels.

 

L’eau est vitale

Chaque gorgée d’eau, ou presque, traverse les parois de l’intestin grêle et du colon pour se disperser dans le corps via la circulation sanguine et lymphatique. Le sang passe dans les reins, qui en filtrent 170 litres chaque jour. Là, les minéraux essentiels sont conservés et repartent dans le corps, et les déchets sont évacués dans les urines. Il irrigue aussi la peau, où les glandes sudoripares retiennent l’eau qui servira à réguler la température du corps par libération de sueur. Urine, sueur, mais aussi vapeur d’eau éliminée dans la respiration et, dans une moindre mesure, matières fécales, nous font perdre environ 3 litres d’eau par jour. Heureusement, la soif nous rappelle qu’il faut régulièrement reconstituer le stock nécessaire au fonctionnement de l’organisme (on estime que 1,5 litres d’eau permettent de garantir les besoins quotidiens, en plus de l’eau contenue dans la nourriture). Vigilante et prudente, elle nous alerte dès que nous avons perdu 2 à 3 % d’eau, soit le moment où notre lucidité commence à diminuer, nos capacités physiques sont altérées, nos temps de réaction s’allongent. Les choses empirent ensuite très vite : une perte de 10 % peut conduire à des hallucinations, et 15 % d’eau manquante peut être fatal. 3 jours sans boire suffisent à atteindre ce seuil.

 

Risques de déshydratation

Une transpiration excessive due à la chaleur, si elle n’est pas compensée par un apport d’eau, fait baisser le volume d’eau dans toutes les parties du corps, y compris dans le sang. Pour compenser cette diminution du volume de sang, et la chute de tension artérielle qui en résulte, l’organisme met en place un mécanisme qui consiste à faire passer l’eau des cellules dans les espaces extra-cellulaires. Conséquence : les cellules se dessèchent, se ratatinent et, si aucune eau extérieure ne vient en renfort, elles ne peuvent maintenir bien longtemps le volume d’eau nécessaire au flux sanguin notamment. Lorsque nous sommes déshydratés, le risque de chute de tension et de malaise est alors bien réel.

 

Les jeunes enfants sont particulièrement sensibles au risque de déshydratation aiguë. Une des raisons est que l’eau extra-cellulaire constitue, chez les nourrissons, 45 à 60 % de l’eau totale, contre 35 % chez l’adulte, et qu’ils en perdent quotidiennement une quantité qui représente environ un demi du volume extra-cellulaire, contre un septième chez l’adulte. Ils ont donc, proportionnellement, besoin d’un renouvellement d’eau beaucoup plus régulier. Ajouté à des pertes d’eau par évaporation plus importantes et à une difficulté à exprimer la soif, les nourrissons doivent faire l’objet d’une attention particulière, notamment en cas de forte chaleur (mais aussi, évidemment, en cas de de diarrhée et de vomissements). Le site de l’Assurance Maladie rappelle les signes qui doivent alerter et faire consulter un médecin rapidement : parmi eux, une apathie anormale, une pâleur et des yeux cernés, une respiration rapide, une perte de poids de plus de 5 % et la présence d’une dépression des fontanelles situées sur la partie supérieure du crâne.

 

Les personnes âgées sont, elles aussi, sujettes à la déshydratation. Leur volume d’eau corporel est moins important et elles ressentent moins la soif. La prise de certains médicaments, en particulier des psychotropes (somnifères, tranquillisants, antidépresseurs, etc.), peut perturber la prise de boisson et de nourriture. Dans ce contexte, la chaleur et le déficit hydrique qu’elle entraîne peut avoir des effets sur l’état d’éveil et l’état cognitif, diminuer la tension artérielle, induire une fatigue et une faiblesse musculaire (augmentant le risque de chutes). Maux de tête, vertiges, désorientation, grande faiblesse, légère fièvre (due à une régulation thermique par sudation moins performante) doivent conduire à consulter un médecin.

 

Enfin, les personnes souffrant d’une maladie chronique peuvent aussi être victimes de déshydratation plus facilement que des personnes en bonne santé. En cause, l’état de santé lui-même (obésité notamment), la prise de médicaments (diurétiques, laxatifs…) et certains traitements (contre l’hypertension artérielle, par exemple) qui modifient le métabolisme de l’eau. Les personnes souffrant d’un diabète déséquilibré urinent trop, ce qui nécessite de boire très régulièrement. Le stress, en libérant davantage d’une hormone appelée aldostérone (dont une fonction est de réguler les niveaux de liquides et de minéraux dans le corps), a tendance à faire augmenter le niveau d’absorption de sodium par les reins, ce qui conduit aussi à une miction plus fréquente.

 

Boire, de l’eau

Conseil numéro 1 : mangez des légumes, des soupes froides et des fruits gorgés d’eau. Tomate, concombre, pastèque, melon, fraise… En été, on a l’embarras du choix.

Conseil numéro 2 : buvez de l’eau plate. Ajoutez quelques gouttes de citron vert et une feuille de menthe, pour la parfumer agréablement, suffit à la rendre savoureuse. Mieux vaut éviter les sodas si vous n’êtes pas amateurs de caries, de problèmes cardiovasculaires et autres maladies comme la Nash. Préférez les jus de fruits frais, mais avec modération. L’eau pétillante est une bonne alternative aux boissons sucrées mais, bien que désaltérante, elle aurait tendance à tromper nos sens en nous donnant l’impression d’avoir bu plus qu’en réalité.

 

— Le lait plus hydratant que l’eau —

Selon une étude de l’université St Andrews en Ecosse, le lait serait plus hydratant que l’eau, grâce au lactose, aux protéines, aux matières grasses et au sodium qu’il contient. Ce dernier réduirait la production d’urine et retiendrait plus longtemps l’eau dans le corps. Cependant, de nombreuses personnes le digèrent mal, et il ne peut se substituer à l’eau !

 

Boire chaud n’est pas une bonne idée, même si les Touaregs du Sahara boivent du thé brûlant pour se réhydrater. Nous ne sommes pas adaptés, comme eux, à des chaleurs intenses… Une boisson chaude a pour effet d’augmenter la température de nos corps habitués à un climat tempéré. La transpiration intense qui en résulte, utile dans un premier temps pour réguler la température, peut vite conduire à un risque de déshydratation.

 

Boire froid n’est pas meilleur. Non seulement les boissons froides sont moins bien assimilées par l’intestin, mais elles leurrent nos thermocapteurs. Trop heureux de cette sensation de fraîcheur, ces derniers en informent le cerveau, qui décide alors de bloquer la sudation. La fake-news involontaire entrave la régulation de la température corporelle à un moment où le corps en a bien besoin.

 

Privilégier les boissons fraîches, entre 12 et 14 degrés, serait la meilleure manière d’allier hydratation et plaisir. Qui a dit bière ? La pression ou le verre de rosé bien frais sont tentants mais les rabat-joie que nous sommes disent non. L’alcool augmente la sensation de soif et les risques de coup de chaleur. De plus, il a des effets diurétiques. A proscrire pendant la canicule !

 

Texte : © J.-C. Moine / Ethnomedia
Photo : © Nadi Lindsay