L’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM)

L’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM)

Une image de nos organes, au millimètre près, sans aucun risque, voici ce qu’offre l’IRM. Bien que très utile pour lutter contre les cancers, l’IRM est aujourd’hui insuffisamment accessible aux patients français, le délai pour obtenir un rendez-vous est trop long : en moyenne plus de 35 jours !

La technique

L’Imagerie par résonance magnétique permet d’obtenir des images très précises du corps humain, notamment des tissus mous, comme ceux du cerveau, des vaisseaux sanguins, des organes mais aussi des muscles ou des ligaments. Elle remplace ou complète les autres techniques d’imagerie médicale souvent utilisées comme la radiographie, le scanner, l’échographie ou la scintigraphie. La technique de l’IRM est fondée sur les études du physicien Isidor Rabi, datant de 1930 et décrivant les propriétés magnétiques des noyaux atomiques et les moyens de les mesurer. En 1977, le scientifique américain Raymond Damadian obtient la première image du thorax grâce à un super-aimant. Depuis, les machines n’ont cessé de s’améliorer. Aujourd’hui, l’image est obtenue en deux ou trois dimensions. Elle est très précise, de l’ordre du millimètre, et permet de visualiser les différents tissus mous du corps, avec un fort contraste. Le principe de l’IRM est basé sur la capacité des noyaux d’hydrogène à entrer en résonance. Le corps humain contient pour 10% de son poids de l’hydrogène, surtout dans ses tissus mous et ses fluides, moins dans les os. Le patient est placé dans une machine, une sorte de tunnel, soumise à un champ magnétique puissant (de l’ordre de 1 tesla, soit 20 mille fois plus que le champ magnétique terrestre). Comme de petits aimants, les noyaux d’hydrogène du corps s’alignent puis émettent un signal lorsqu’ils retrouvent leur position d’origine. C’est ce signal qui est capté puis transformé en image par l’appareil IRM. Indolore et non dangereuse pour le patient, comme l’échographie, mais plus précise, l’IRM est très utile pour observer le cerveau, les maladies neuro-dégénératives comme Alzheimer, les accidents vasculaires cérébraux (AVC), les pathologies de la moelle épinière, situer des lésions articulaires chez les sportifs de haut niveau, détecter des cancers et suivre leur évolution. C’est pour cette dernière raison qu’elle est préconisée par le Plan cancer du Ministère de la Santé depuis les années 2000.

La situation en France

Les seuls inconvénients de l’IRM sont le coût des appareils (environ 1,5 millions d’euros) et la lenteur d’obtention de l’image. Face à la demande croissante d’examens, les délais d’obtention de rendez-vous sont donc très longs : en moyenne 37,7 jours, alors que certaines pathologies exigent des délais beaucoup plus courts – 20 jours maximum dans le cas du cancer, comme le préconise le 3e Plan cancer 2014-2019.

Les délais d’obtention d’un rendez-vous pour faire une IRM sont très longs, avec de grandes disparités entre les régions. Les Pays de la Loire et la Basse Normandie ont le moins d’appareils IRM et donc les plus longs délais pour obtenir un rendez-vous – 54,8 jours et 64,7 jours, selon le rapport du bureau d’études Cemka-Eval de 2014. Certaines régions sont mieux dotées. Par exemple, en Ile-de-France, le délai est de 26 jours, ce qui est encore au-dessus de l’objectif préconisés par le 3e Plan cancer.

Selon un rapport du bureau d’études Cemka-Eval de 2014, le nombre d’appareils IRM reste trop faible en France : en moyenne 10,7 par millions d’habitants, contre 20 en moyenne dans les autres pays d’Europe (une trentaine en Allemagne). La solution préconisée étant principalement d’augmenter le nombre d’appareils, on peut se demander si elle a pour but de satisfaire le commanditaire de l’étude :  l’ISA, Imagerie Santé et Avenir, une association de fabricants d’appareils. Non, répond le professeur Jean-Pierre Pruvo, interrogé sur le sujet (voir notre vidéo). Depuis quelques années, l’IRM est de plus en plus utilisée, pour sa précision, parce que davantage de cancers sont détectés, et parce que l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire) préconise de remplacer de nombreux examens de radiographie et scanner par l’IRM afin de moins exposer les patients aux rayons X, qui provoquent des cancers à long terme.

carte-cemka-eval-IRM L’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM)Source : Etude Cemka-Eval 2014

Le manque d’appareils IRM est pointé depuis les années 2000, et l’effort des ARS (Antennes Régionales de Santé) qui délivrent l’autorisation d’installation est encore insuffisant selon la Société Française de Radiologie. Le nombre d’appareils IRM doit augmenter en France afin de suivre les recommandations du Plan cancer et permettre aux patients de démarrer plus rapidement leurs traitements. Mais comme le reconnait l’étude de l’ISA : « Le taux d’obtention de rendez-vous est [donc] une variable qui dépend également des choix d’organisation régionaux ». Car pour certaines régions, comme l’Alsace, les délais d’attente sont anormalement longs alors que le nombre d’appareils est correct. Et pour d’autres, comme en Midi-Pyrénées, le taux d’obtention d’un rendez-vous est élevé (71.4%) pour un nombre d’appareils plus faible (9,8 par million d’habitants). En parallèle du nombre d’appareils, des efforts sont sans doute encore à fournir pour améliorer leur utilisation et les exploiter au mieux. L’organisation d’un service de radiologie est complexe mais les hôpitaux doivent améliorer la hiérarchisation des examens, de sorte que la surveillance de l’extension d’un cancer ne passe plus après l’examen du genou d’un sportif. Et, pour finir, n’oublions pas que la France, mal lotie en nombre d’appareils, n’est cependant pas si mal placée en nombre d’examens IRM, comme le montre ce graphique issu du Panorama de la santé de l’OCDE (données de 2012).

Source : données de l’OCDE, 2012

NDLR Nous avons sollicité l’Agence Régionale de Santé (ARS) Poitou-Charentes pour savoir comment sont évalués les besoins en appareils IRM et recueillir son opinion sur le rapport Cemka-Eval. Mais l’ARS n’a pas souhaité répondre à nos questions. Crédit : une vidéo de J.-C. Moine