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Troubles mentaux : les effets néfastes de la stigmatisation sur l’accès aux soins

Troubles mentaux : les effets néfastes de la stigmatisation sur l’accès aux soins

Dépression, troubles bipolaires, obsessionnels-compulsifs, schizophrénie, addictions… Les maladies mentales souffrent d’une image biaisée dans la société, entre tabous et idées reçues. Cette stigmatisation des personnes souffrant de troubles mentaux entraîne une moins bonne prise en charge de ces derniers, mais aussi de leurs maladies physiques.

Fin 2015, une étude s’intéresse à l’emploi dans la presse française du mot « schizophrénie ». Les résultats sont accablants : non seulement l’utilisation dans un contexte médical est minoritaire, mais, surtout, le terme est associé presque systématiquement à des idées reçues, des raccourcis et des termes péjoratifs. Contrairement à ce que laissent penser les médias, mais aussi la littérature et le cinéma, la schizophrénie n’a rien à voir avec le dédoublement de la personnalité, et les personnes qui en souffrent sont bien plus souvent victimes de violences qu’ils n’en sont auteurs. Pourtant, 3 français sur 4 estiment qu’une personne souffrant de trouble mental représente un danger, et 1 sur 2 refuserait de travailler avec un schizophrène, selon une étude Ipsos datant de 2014.

 

— Définition —

 

« La schizophrénie est une pathologie psychiatrique chronique complexe qui se traduit schématiquement par une perception perturbée de la réalité, des manifestations productives, comme des idées délirantes ou des hallucinations, et des manifestations passives, comme un isolement social et relationnel. En pratique, elle peut être très différente d’un patient à l’autre, selon la nature et la sévérité des différents symptômes qu’il présente ».

Source : INSERM

 

Un accès difficile aux soins psychiatriques…

Les visions erronées ou caricaturales concernent bien d’autres troubles mentaux, comme les TOC ou la dépression, les addictions, ou encore les troubles du comportement associés à l‘autisme, et entraînent une forte stigmatisation des personnes touchées. Selon une étude internationale, 88 % des schizophrènes suivis s’étaient déjà sentis rejetés par des proches du fait de leur maladie, et préféraient donc, pour les trois quart d’entre eux, cacher le diagnostic à leur entourage. Contrairement à une jambe cassée, une maladie auto-immune ou même un cancer, les troubles mentaux restent tabous : alors qu’un français sur dix a déjà consulté un psy, 20 % l’a fait sans en parler à personne.

Conséquence, de nombreux malades hésitent, voire refusent, de consulter un spécialiste. Ajoutez à cela le nombre de places en chute libre (30.000 lits supprimés entre 1985 et 2005), la lenteur du diagnostic (environ dix ans entre l’apparition d’un trouble bipolaire et les premiers soins), les délais parfois de plusieurs mois avant d’obtenir un rendez-vous avec un psychothérapeute, et un constat s’impose : les troubles mentaux sont globalement moins bien pris en charge que les problèmes physiques. En 2009, le Haut conseil de la santé publique estimait « qu’un tiers des patients schizophrènes, la moitié des patients souffrant de dépression et les trois quarts des patients souffrant d’abus d’alcool n’ont pas accès à un traitement ou à des soins simples et abordables ».

… et aux soins de médecine générale

Malheureusement, cette difficulté d’accéder aux soins médicaux ne se limite pas à la seule prise en charge psychiatrique. Les personnes atteintes de troubles mentaux ont également moins recours à la médecine générale que les autres, 5 % de moins en moyenne s’agissant de la dépression, et jusqu’à 50 % de moins chez les schizophrènes. Une différence qui s’explique parfois par une défiance du patient envers la médecine ou une crainte d’avoir des soins peu adaptés à sa situation, mais aussi par des diagnostics faussés par le trouble mental, et donc, au final, des patients mal orientés. Conséquence de ce constat : aggravée par des conduites à risques associées à certains troubles mentaux (tabagisme, alcoolisme, vie à l’écart de la société…), les personnes touchées par des maladies psychiatriques voient leur espérance de vie chuter, jusqu’à 25 ans de moins chez les schizophrènes. Contrairement à une idée reçue, cette surmortalité n’est pas majoritairement due aux suicides et risques de mort accidentelle, mais bien à des maladies physiques : cancers, maladies respiratoires, infectieuses, et surtout cardiovasculaires.

Un exemple d’actualité a récemment mis en lumière ce double constat – des malades à la fois plus à risques et pourtant moins bien suivis. En juillet 2021, une étude britannique a révélé que les patients atteints de troubles mentaux avaient deux fois plus de risques de développer une forme grave de Covid-19. Pourtant, ces mêmes patients étaient en moyenne moins souvent hospitalisés en soins intensifs durant la pandémie.

 

— La situation des aidants —

 

Selon l’Unafam, 4,5 millions d’aidants accompagnent au quotidien 12 millions de Français vivant avec des troubles psychiques. Diagnostics tardifs et parcours de soin semés d’embûches ont des conséquences lourdes pour les malades et leurs aidants.

A lire sur le site Avec les aidants : Décryptage – Aidants et maladies mentales

Changer les mentalités

Plusieurs initiatives ont vu le jour ces dernières années pour tenter de faire reculer la stigmatisation – et les discriminations qui en découlent – des personnes souffrant de troubles mentaux : le passeport santé, qui offre aux patients un document simple expliquant les particularités de leur trouble mental au personnel soignant ; le réseau Handident, qui propose des soins bucco-dentaires spécifiques pour les personnes handicapées ; ou encore les fiches pratiques HandiConnect, qui permettent aux médecins de s’adapter aux particularités physiques ou mentales de leurs patients. Mais, en réalité, chacun d’entre nous peut individuellement œuvrer à réduire la stigmatisation autour des troubles mentaux. Il peut s’agir de relayer des actions dénonçant ces stigmatisations comme le compte Instagram « Paye ta psychophobie » ou, au contraire, levant le tabou sur la question comme l’opération #J’assumeLaPsy. Il peut s’agir aussi, tout simplement, de faire attention au quotidien à ne pas reproduire les clichés et tabous autour des troubles mentaux : ni invisibilisés, ni stigmatisés.

Crédits

Photos : © Adobe stock

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