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Petites intrications entre sexe, genre et santé

Petites intrications entre sexe, genre et santé

Dans la plupart des régions du monde, les données statistiques brutes montrent que les hommes ont une vulnérabilité plus importante que les femmes à la Covid-19. Selon le dernier point épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France (18 mars 2021), 53% des patients ayant été hospitalisés depuis le 1er mars 2020 sont des hommes. Parmi les patients décédés : 58% étaient des hommes. Des chiffres qui nous donnent l’occasion de questionner les causes des différences entre hommes et femmes en matière de santé

Les femmes sont-elles naturellement protégées par leurs gènes et leurs hormones, se demande-t-on depuis le début de la pandémie. La réalité est bien plus complexe, répond Catherine Vidal* dans les lignes de The Conversation. Car les statistiques brutes doivent être lues à la lumière de facteurs multiples, comme la comorbidité, c’est-à-dire les maladies associées, dont la prévalence est variable selon l’environnement social, culturel, économique. Il est donc absolument nécessaire d’analyser ces données statistiques en prenant en compte tous les facteurs de risques Sur les raisons qui pourraient expliquer une différence de mortalité entre les femmes et les hommes, écrit encore Catherine Vidal dans une tribune de Libération, « une piste sérieuse est celle des différences entre les sexes dans les modes de vie et les états de santé ».

 * Catherine VIDAL est l’auteure, avec Muriel Salle, de Femmes et santé, encore une affaire d’hommes ?, Belin, 2017.

Génétique et environnement

Si l’ADN de deux hommes ou deux femmes est identique à 99,9 %, la ressemblance entre un homme et une femme ne serait que de 98,5 %. Cet écart serait  responsable de différences, sans qu’on sache pourquoi les deux chromosomes X des femmes pourraient augmenter leur espérance de vie ! Mais si l’espérance de vie à la naissance est, en France, de 85 ans en moyenne pour les femmes, contre 79 ans pour les hommes, selon les dernières données de l’Institut national d’études démographiques (INED), ce serait surtout grâce à un mode de vie généralement plus sain des femmes : une meilleure alimentation, une consommation plus modérée d’alcool et de tabac, en particulier. Génétique, épigénétique et comportements jouent certainement de concert.

Maladies de femme, maladies d’homme ?

L’autisme, les tumeurs du cerveau et du pancréas, et même l’alopécie (perte de poils sur le corps, dont le cas le plus fréquent est la calvitie, la perte des cheveux) sont plus fréquents chez les hommes. Mais les femmes sont plus souvent atteintes d’Alzheimer, d’anorexie, de dépression, d’ostéoporose, de troubles alimentaires et de maladies auto-immunes… L’ostéoporose ? Parlons-en justement. Cette “maladie de femme” est sous-diagnostiquée chez les hommes car elle est considérée comme une maladie qui concerne les femmes ménopausées. Or, un tiers des fractures du col du fémur chez les hommes sont dues à l’ostéoporose…

Les stéréotypes en cause

Sous-diagnostique ? Les stéréotypes sociaux de la féminité (fragilité, sensibilité, expression verbale) et de la masculinité (virilité, résistance au mal, prise de risque) jouent non seulement un rôle dans l’expression des symptômes, le rapport au corps et le recours aux soins, mais ils influencent aussi la façon dont les professionnels de santé dépistent et prennent en charge certaines maladies. Une femme se plaint d’oppression dans la poitrine : on lui prescrit des anxiolytiques, alors qu’on orientera presque systématiquement un homme vers un cardiologue. Le risque est de diagnostiquer et de prendre en charge trop tardivement un infarctus du myocarde chez une femme, d’autant que les symptômes féminins sont atypiques. La majorité des décès liés à l’infarctus concernent aujourd’hui les femmes.

Dans leur livre Femmes et santé, encore une affaire d’hommes ?, Catherine Vidal et Muriel Salle nous apprennent que, dans les années 1980, une étude pilote sur la relation entre obésité et cancer du sein et de l’utérus financée par le gouvernement fédéral américain avait été menée exclusivement… sur des hommes ! Le cœur artificiel mis au point par le Pr Carpentier en 2013 est beaucoup trop gros pour une majorité de femmes : il est compatible avec 70 % des thorax des hommes et 25 % de ceux des femmes. Heureusement, depuis, une version adaptée de cœur artificiel existe ! Les effets secondaires des médicaments étant mesurés principalement chez les hommes, les femmes sont victimes d’une fois et demi à deux fois plus d’accidents secondaires. Les recherches autour de la maladie et les façons de soigner restent très centrées sur les mâles, dans un monde créé pour les mâles.

Pour revenir à la pandémie, le parallèle avec la grippe espagnole est intéressant : en 1918, la maladie a frappé majoritairement les hommes, en particulier les militaires et les travailleurs manuels. Ces populations, nous apprend encore Catherine Vidal, « étaient les plus exposées aux contacts de proximité. Elles étaient aussi plus souvent atteintes de tuberculose, donc plus fragiles. La mortalité des hommes de classes aisées était, par ailleurs, la même que celle des femmes ». Il faut donc toujours lire les statistiques avec précaution.

POUR ALLER PLUS LOIN

• A visionner : la série Genre et santé, attention aux clichés ! de l’INSERM, dont voici une épisode :

Crédits

Photo : © Alex Green
Vidéo : © INSERM

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