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Le SARS-CoV-2 au bal des pollens

Le SARS-CoV-2 au bal des pollens

Comme chaque année à cette époque, les articles sur les allergies fleurissent et concurrencent le flot de pollens qui virevolte à nouveau dans une atmosphère féconde… et source de rhinites plus ou moins sévères. Avec une petite différence cette année : la presse s’est surtout fait l’écho d’une étude corrélant pics de pollen et augmentation des taux d’infection par le SARS-CoV-2.

Rassurez-vous, cette étude de l’université technique de Munich a été publiée le 23 mars 2021 dans la revue scientifique Pnas n’a rien d’alarmant (à lire en anglais, ou traduite par Google). Selon ses auteurs, une équipe de biologistes, l’exposition au pollen a pour effet connu de réduire l’immunité contre certains virus respiratoires saisonniers, en diminuant l’activité antivirale des interférons. Les interférons sont des molécules fabriquées par les cellules infectées de l’organisme, pour répondre à l’agression de virus, de bactéries, de parasites ou de cellules tumorales. Comme le résume Sciences et Avenir, « si les concentrations de pollen dans l’air sont élevées et que les grains de pollen sont inhalés avec les particules virales, moins d’interférons antiviraux sont générés ».

Fort de ces connaissances, les scientifiques ont fait l’hypothèse que l’exposition au pollen pourrait aussi augmenter la sensibilité aux infections par le SARS-CoV-2. Ce que confirment les résultats de leur nouvelle étude, qui révèlent bien que l’exposition simultanée au SARS-CoV-2 (via d’autres porteurs humains infectés) et au pollen en suspension dans l’air, peut favoriser l’infection virale, que l’on soit allergique ou pas. « Dans une région sans confinement, une augmentation de 100 particules de pollen par mètre cube équivaut à un taux d’infection supérieur de 4% », explique le journal suisse Le Temps.

Cependant, si ces résultats montrent bien une corrélation, les chercheur ne connaissent pas la relation de cause à effet qui permettrait de l’expliquer. « On ne sait pas vraiment si les pollens provoquent des cas de Covid-19 », on peut seulement dire qu’ils nous affaiblissent, comme le rappelle la journaliste Anne-Laure Barral, sur franceinfo.fr. Les grains de pollen agissent-ils sur le site-même d’entrée du virus, les fosses nasales, en inhibant certaines réponses antivirales ? Les scientifiques en font l’hypothèse, sans pouvoir la confirmer pour le moment. Les pollens peuvent-ils transporter les virus ? Il n’existe aucune preuve que les grains de pollen soient porteurs de particules virales. Tout comme on ne sait toujours pas si ces dernières peuvent être véhiculées par les particules fines de pollution de l’air, semblant être un facteur aggravant de la pandémie, sans qu’on puisse dire si c’est en raison de leur impact sur les maladies chroniques ou d’une diminution de la réponse immunitaire.

Les scientifiques se veulent rassurants. Il suffit que les personnes à risque vérifient régulièrement les alertes pollens et se protègent en conséquence, comme le déclare Claudia Traidl-Hoffmann, professeure en médecine environnementale à l’Université technique de Munich. Etant donnés les effets potentiellement néfastes de la coexposition pollen-virus, les chercheurs de l’université technique de Munich encouragent donc les patients allergiques, asthmatiques ou atteints de rhinosinusite chronique à porter des masques filtrants à particules pendant les concentrations élevées de pollen au printemps. La Fédération française d’allergologie (FFAL) recommande d’ailleurs de systématiser le port du masque à l’extérieur, en période de pics polliniques, pour lutter contre les allergies.
Le sage mot de conclusion revient au Courrier international : « Les études se succèdent, mais les conseils restent toujours les mêmes » !

— Ce qu’il faut retenir —

Les défenses immunitaires de l’organisme contre certains virus respiratoires peuvent être affaiblies par une quantité élevée de pollens dans l’air. Des scientifiques ont montré que le SARS-CoV-2 bénéficie de cet affaiblissement.

Ces mêmes chercheurs se veulent rassurants et invitent tout simplement les personnes à « haut risque » à consulter les cartes de vigilance des pollens et à se protéger en portant des masques adaptés.

POUR ALLER PLUS LOIN

• Le Réseau National de Surveillance Aérobiologique (R.N.S.A.) édite une carte de vigilance très utile sur son site pollens.fr

• L’Atmo Nouvelle Aquitaine a édité une infographie qui regroupe les conseils pour bien vivre avec son allergie aux pollens.

Crédits

Vidéo : © Ethnomedia / jcm pour Apivia Prévention
Photos : © xxx / Fotolia.com

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