Inégalités croissantes dans l’accès aux soins

Inégalités croissantes dans l’accès aux soins

par | 12/11/2014 | SOCIÉTÉ

La question des tarifs pourrait être à priori plus embarrassante pour Lionel Lépinat. Dans un secteur où la concurrence est rude, il est difficile de faire mieux que l’opticien libéral voisin, qui développe des offres attractives, comme la seconde paire de lunettes gratuite.

Mais là encore, le propos mutualiste adopte un point de vue qui met en avant une éthique avant de promouvoir un commerce, et insiste sur son rôle de régulateur des prix de l’optique. En effet, les centres mutualistes ne sont pas des entreprises commerciales, les opticiens sont salariés, non intéressés aux ventes. Ils n’orientent donc pas les clients vers telle marque permettant des marges importantes, mais choisissent avec eux le produit du meilleur rapport qualité/prix possible, répondant à leur besoin tout en étant accessible à leur porte-monnaie.

Etre opticien mutualiste, c’est ainsi être engagé dans une démarche de maîtrise des dépenses de santé en collaboration avec les mutuelles, tout en proposant la meilleure qualité possible. L’exercice est difficile, critiqué et régulièrement le sujet de controverses qui opposent les « libéraux » aux mutualistes. D’autant que les mutuelles ont leur responsabilité dans les prix élevés pratiqué en France.

Une des dernière en date concerne la proposition de loi dite « Leroux » sur la légalisation des réseaux mutualistes. Cette loi, adoptée en décembre 2013, met fin à l’interdiction pour les mutuelles d’améliorer le remboursement de leurs adhérents lorsqu’ils consultent un professionnel de santé avec lequel leur mutuelle a conclu une convention.
Pour Etienne Caniard, Président de la Mutualité Française, « cette loi souligne le rôle indispensable des mutuelles dans le système de santé pour négocier avec les professionnels de santé des soins de qualité à des tarifs maîtrisés ». (source : Miroir Social).
A propos des tarifs, Etienne Caniard rappelle que : « le reste à charge de l’assuré social est largement inférieur dans les réseaux. Preuve que ce dispositif peut réguler les prix tout en garantissant à l’opticien une activité économique. Au passage, il [souligne] les bonnes pratiques des opticiens mutualistes qui, dans leurs centres optiques, proposent des prix inférieurs en moyenne de 17,5% aux autres enseignes » (source : La Mutualité Française).

Des liaisons dangereuses entre complémentaires et opticiens ?
Les remboursements optiques ont été un des produits d’appel des organismes complémentaires. Leurs remboursements parfois très importants, écrit l’UFC-Que choisir dans une étude de mai 2014*, « ont pu limiter l’incitation à chercher le meilleur rapport qualité-prix, et favoriser l’apparition de tarifs élevés, dans un cercle vicieux « prix-remboursement » » (page 2). C’est en réaction à cet effet pervers du remboursement que la tentative de régulation des prix évoquée ci-dessus s’est mise en place.

Plus grave, la même étude donne les résultats d’une enquête anonyme menée au mois de novembre 2013 auprès de 1188 opticiens français. Elle a permis de mesurer l’ampleur des fraudes à la complémentaire santé, sous la forme d’une modification de facture pour améliorer indûment le remboursement de l’assuré. « Se faisant passer pour des clients venant se renseigner », rapporte Le Monde (20/05/2014), « ils devaient sélectionner une monture plus coûteuse que le maximum remboursable par leur complémentaire, informer le vendeur de cet état de fait, et observer sa réaction. Dans 17,9 % des cas, soit près d’un sur cinq, l’opticien a proposé de falsifier la facture pour que le client soit mieux remboursé par sa mutuelle. Grâce souvent à une combine classique : augmenter le prix facturé sur les verres, davantage pris en charge, et diminuer celui de la monture. » (source : Le Monde, 20/05/2014 : Alerte à la fraude sur le prix des lunettes).

* Pour vous informer sur ce sujet, vous pouvez lire l’étude complète publiée par l’UFC-Que choisir. On y comprend bien les sources des dérives tarifaires et les enjeux d’une régulation des dépenses engagée par les réseaux mutualistes.