La part de hasard dans la survenue des cancers fait encore débat

Les médias se pressent de donner écho aux publications scientifiques érudites, mais souvent exagèrent ou déforment leur propos. Etude de cas sur la relation entre contingence et cancer.

En 2015, des travaux statistiques sur le cancer avaient fait grand bruit après la publication dans la revue Science d’un article largement relayé et déformé par la presse généraliste. A lire les gros titres, on pouvait penser que dans deux tiers des cas, le cancer résultait d’un malheureux hasard, plutôt que de causes environnementales, comportementales ou héréditaires.

Il faut dire que les auteurs avaient eu la maladresse d’employer le mot « malchance » dans le résumé de leur étude qui n’affirmait rien de tel, mais simplement qu’il y avait une corrélation entre le risque de cancer dans un tissu donné et son rythme de réplication cellulaire. Plus ce nombre est grand, plus il y aurait de risque de mutations aléatoires de l’ADN, autrement dit d’erreurs de copie susceptibles d’engendrer une tumeur.

Intéressée, mais sceptique, une partie de la communauté scientifique était montée au créneau pour dénoncer des biais méthodologiques et l’irresponsabilité d’un propos déresponsabilisant et fataliste, allant à l’encontre des politiques de prévention, tant au niveau industriel qu’individuel. Deux ans après cette controverse, cette fois avec un peu plus de précautions langagières, la même équipe, qui a repris et étoffé ses calculs, persiste et signe. On imagine que les critiques ne tarderont pas.

• Pour faire le tour du sujet, on lira l’excellente synthèse du Monde qui introduit déjà de la contradiction et celle du Figaro Santé, pédagogique et imagée.

• Ailleurs dans la presse francophone, on appréciera le style de l’excellent blog québécois « Sciences dessus dessous », qui titre « Cancer : environnement vs malchance, round 2 », deux ans après « La chance, la poisse et le cancer ».

• Rappelant que, quelle que soit la pertinence de cette étude, soigner son hygiène de vie reste vital, le quotidien suisse le Temps s’est fendu d’un éditorial tranché et à l’inverse propose l’analyse très mesurée d’un professeur d’oncologie.

 

Retour sur la controverse de 2015

Le Monde a particulièrement bien traité ce sujet en 2015 offrant une tribune à tous les points de vue. On lira avec intérêt :
– son premier papier sur « le rôle du hasard réévalué » appuyant l’idée que le cancer est « une maladie du vieillissement » ;
– l’avis d’une sociologue furieuse contre ce « cadeau » fait à l’industrie ;
– celui d’un cancérologue qui mettait en garde contre les « dérives interprétatives » ;
– celui encore d’un biophysicien spécialiste de la modélisation mathématique qui remet les choses en place ;
– et finalement une contre étude publiée dans la revue de référence concurrente, Nature, présentant des résultats diamétralement opposés à partir des mêmes sources statistiques.

 

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