Octobre rose : pas que pour faire joli

4/10/2018 | LA PRESSE EN PARLE

Onze mille neuf cents décès par an ! Le cancer du sein reste au premier rang des décès par cancer chez la femme en France. Le dépistage organisé annuellement a ses détracteurs, mais il reste essentiel.

#JaimeMesSeins. La Ligue contre le cancer a lancé sa nouvelle campagne incitant à se faire dépister. Un programme national organisé depuis 2004 sur tout le territoire et qui cible les femmes âgées de 50 à 74 ans à risque moyen, c’est-à-dire sans symptôme apparent ni facteur de risque particulier. Elles sont invitées, tous les deux ans, à réaliser une mammographie et un examen clinique des seins auprès d’un radiologue agréé. Ces examens sont gratuits et doivent être réalisés en parallèle de la simple palpation annuelle. Rappelons que détecté à un stade précoce, le cancer du sein peut être guéri dans 9 cas sur 10. L’occasion de faire un point sur les différentes techniques de dépistage.

Octobre rose : pas que pour faire joli

J’aime mes seins, la campagne de le Ligue contre le cancer pour Octobre-rose

 

La Ligue souligne que celui-ci est non seulement une arme efficace contre le cancer, mais aussi un droit à une prévention efficace et équitable. Un droit qu’on ne prend pas assez, vu le taux en baisse de participation à ce dépistage organisé, comme le rappelle le magazine Parent.

Pourquoi une telle diminution ? Le chroniqueur Dominique Dupagne, sur France Inter, y voyait déjà, en 2017, les effets d’une polémique au sujet de la mammographie de dépistage depuis quelques années, encore amplifiée par deux nouvelles publications scientifiques fin 2017.
Le surdiagnostic et le surtraitement pourraient concerner la moitié des cancers dépistés. En clair, cela signifie que parmi les femmes traitées après découverte d’une lésion cancéreuse grâce au dépistage, et donc en l’absence de symptôme, une sur deux n’en aurait jamais souffert de son vivant et aurait pu éviter l’ablation d’un sein ou une radiothérapie éprouvante. Plus récemment, France Inter a consacré en mai dernier une émission entière de La Tête au Carré au sujet.

Des gynécologues s’inquiètent, à juste titre, de cette défiance croissante vis-à-vis des mammographies, notamment par crainte du surdiagnostic. Pourtant, celui-ci ne gomme pas les avancées apportées par le dépistage organisé : « Depuis 2004, on a fait baisser le taux de mortalité de 20 %, on est passé d’un taux de mastectomie (enlever l’intégralité du sein) de 25 % à 15 %, souligne Roman Rouzier, chirurgien spécialiste du cancer du sein à l’Institut Curie. De même, le taux de chimiothérapie a baissé de 44 % à 29 % ».

Des pistes d’amélioration du dépistage pour limiter le surdiagnostic sont étudiées. Il est avant tout nécessaire de renouer la confiance en donnant plus d’informations aux patientes sur les « risques et limites du dépistage, tels que les possibilités de faux positifs ou faux négatifs… », comme le recommandait en 2016 le rapport de la Concertation citoyenne (.PDF).
Autre piste, pour limiter les erreurs de diagnostic, « développer la tommographie (mammographie numérique 3D), plus précise mais également plus chère », propose le gynécologue Israël Nisand dans 20minutes.

Le logiciel MammoRisk va dans ce sens en ciblant les femmes qui ont davantage de risques de développer un cancer du sein, et donc nécessitent une surveillance fréquente. C’est le cas pour le personnel naviguant, qui a trois fois plus de risques de développer un cancer du sein à partir de 40 ans. Témoignages de deux hôtesses de l’air, qui ont fondé l’association Les hôtesses de l’air contre le cancer.

En revanche le risque n’est pas plus élevé pour les joueuses de tennis, mais la championne Serena Williams a tenu à enregistrer une version du tube mondial des Divinyls, I Touch Myself, en français je me touche, pour sensibiliser à l’auto-palpation.
Là encore, les avis sont partagés sur l’utilité de cette auto-palpation. Ce qui n’a pas empêché la vidéo où Serena apparaît sur Instagram, les mains sur sa poitrine nue, d’avoir été vue près de 2 millions de fois en 24 heures !

Du buzz nécessaire si on s’en tient à la conclusion de l’OMS : « Il n’existe pas de preuve de l’effet du dépistage moyennant l’auto-examen des seins (AES). Toutefois, on a pu constater que la pratique de l’auto-examen, ou palpation, des seins permet aux femmes de se responsabiliser et de prendre en charge leur propre santé. Par conséquent, l’auto-examen est recommandé pour sensibiliser les femmes à risque plutôt que comme une méthode de dépistage. » C’est déjà important.

Enfin, ce mois de sensibilisation au cancer du sein est aussi l’occasion pour les femmes, parfois mères et parfois malades, de s’interroger : comment parler de son cancer à ses enfants sans les heurter ? se demande 20minutes.

 

 

Octobre rose : pas que pour faire joli

Les parapluies roses d’Octobre rose à La Rochelle

Photos © Jean-Christophe Moine / Apivia Prévention